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La salle de convivialité du Musée National de Yaoundé s'est remplie progressivement en cette matinée du 6 avril 2026, avec un public qui ne ressemblait pas aux rassemblements institutionnels habituels. Des délégués jeunes avaient effectué de longs trajets depuis le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et l'Extrême-Nord. Des représentants parlementaires jeunes, des conseillers jeunes et des leaders de la société civile occupaient les rangs aux côtés de membres du gouvernement et de représentants d'organisations internationales. À l'ouverture des travaux à 11 heures, il était évident que ce que le Conseil National de la Jeunesse du Cameroun (CNJC) avait convoqué n'était pas un événement cérémoniel. C'était une conférence de travail avec des enjeux concrets.
Le CNJC, sous la présidence nationale de Fadimatou Iyawa Ousmanou, avait organisé la Conférence Nationale sur les droits numériques et la participation démocratique des jeunes au Cameroun, couplée au lancement officiel de WYLEF, le Women and Youth Leadership Forum pour la démocratie, dans sa sixième cohorte. L'événement a réuni une coalition d'organisations partenaires comprenant United Youth Organization (UYO), Civic Watch, HUPED et ARDHU, avec l'appui financier et technique du Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD) à travers son Initiative pour la Démocratie Numérique. L'ensemble du processus s'est déroulé sous la coordination du Ministère de la Jeunesse et de l'Éducation Civique, dont le ministre, Mounouna Foutsou, a présidé la cérémonie de clôture.
La conférence avait un mandat précis. À travers un document de plaidoyer adressé aux parties prenantes de l'écosystème politique camerounais, le CNJC entendait promouvoir les droits numériques des jeunes et approfondir leur engagement dans les processus démocratiques, avec l'objectif concret d'accroître leur participation politique et citoyenne à travers le pays. Ce mandat avait mobilisé des mois de travail préparatoire avant que quiconque ne mette les pieds à Yaoundé.
Un processus ancré dans les régions
La conférence n'a pas commencé le 6 avril. Elle a commencé dans les communautés. Melvin Songwe, Coordonnateur National du projet et Vice-président National du CNJC, a ouvert les travaux avec un compte rendu complet du chemin parcouru jusqu'à ce jour. Sa présentation a retracé l'arc du projet WYLEF4Democracy depuis sa phase de conception jusqu'au travail de terrain qui lui a donné sa substance.
Des dialogues régionaux de plaidoyer avaient été conduits dans trois régions qui occupent une place particulière dans toute conversation honnête sur la participation démocratique au Cameroun : le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et l'Extrême-Nord. Ce ne sont pas des régions où la vie civique se déroule dans des conditions normales. Le Nord-Ouest et le Sud-Ouest continuent d'être affectés par une crise sécuritaire et humanitaire qui a perturbé les écoles, déplacé des communautés et fragilisé la relation entre les citoyens et les institutions. L'Extrême-Nord fait face à ses propres pressions, notamment la pauvreté, le manque d'infrastructures et les séquelles de l'insécurité le long de ses frontières. Mener des dialogues de plaidoyer significatifs dans ces contextes n'a pas seulement requis une planification logistique, mais aussi de la confiance, de la sensibilité et un engagement sincère de la part des équipes sur le terrain.
Ce que ces consultations ont produit, c'est un tableau de la participation démocratique des jeunes telle qu'elle existe réellement au Cameroun, et non telle qu'elle est décrite dans les documents de politique publique. Les participants ont identifié l'accès aux outils numériques comme une barrière immédiate. Dans de nombreuses communautés, les smartphones et la connectivité internet demeurent hors de portée pour une grande partie de la population jeune, faisant de la participation civique numérique un privilège plutôt qu'un droit. Au-delà de l'accès, les jeunes ont pointé la propagation des discours haineux et de la désinformation en ligne, des phénomènes qui déforment le débat public et exposent les jeunes à la manipulation sans réponse juridique ou institutionnelle adéquate. Dans toutes les régions, les participants ont signalé l'insuffisance de l'éducation civique et numérique dans les programmes scolaires, notant que de nombreux jeunes atteignent l'âge adulte sans une compréhension opérationnelle de leurs droits, de leurs institutions ou des outils disponibles pour demander des comptes au pouvoir.
Le Dr Kinang Derick de HUPED a prolongé les consultations en appliquant une méthodologie analytique rigoureuse pour transformer les contributions communautaires en un document de plaidoyer structuré. Ce document ne s'est pas contenté de lister des problèmes. Il a présenté des recommandations précises et actionnables sur l'amélioration du cadre juridique des droits numériques, l'élargissement de l'accès équitable à internet dans les zones mal desservies, et l'intégration de l'éducation civique numérique dans la scolarisation formelle et les programmes de jeunesse non formels. C'est ce document qui a été officiellement présenté lors de la conférence nationale et remis aux autorités gouvernementales.
La Cohorte 6 du WYLEF : former les leaders que le moment exige
Le deuxième temps fort de la journée a été le lancement officiel de la Cohorte 6 du WYLEF. Le Women and Youth Leadership Forum pour la démocratie a désormais produit six cohortes successives de jeunes leaders formés, et son lancement est devenu l'un des moments les plus attendus du calendrier annuel du CNJC.
Fadimatou Iyawa Ousmanou, dans son allocution, a expliqué ce que le WYLEF est conçu pour accomplir et pourquoi il continue d'être pertinent. Le forum n'est pas un programme de formation passif qui délivre des attestations et renvoie les participants chez eux. C'est une plateforme durable de formation, de pratique du plaidoyer et de développement du leadership, construite sur la reconnaissance que les jeunes, et les femmes en particulier, font face à des obstacles structurels à une participation significative à la gouvernance démocratique qui ne peuvent pas être surmontés par les seules bonnes intentions.
L'accent mis sur le leadership féminin au sein du WYLEF n'est pas un geste rhétorique. Il reflète une réalité documentée : les jeunes femmes au Cameroun font face à des obstacles multiples à la participation politique, des normes sociales qui découragent leur prise de parole publique aux cultures institutionnelles qui ne font pas de place à leur leadership. Le WYLEF y répond en créant des opportunités structurées, des réseaux de mentorat et une formation aux compétences de plaidoyer qui donnent aux jeunes femmes les outils pratiques pour s'engager dans la gouvernance à tous les niveaux, des conseils locaux aux processus de politique nationale. La Cohorte 6 ajoute un nouveau groupe de leaders à un réseau qui ne cesse de grandir depuis la fondation du forum, et chaque cohorte approfondit la capacité collective des jeunes Camerounais à façonner les politiques qui les concernent.
Des voix partenaires qui ont ancré le travail dans un cadre plus large
La conférence a bénéficié de la participation de partenaires dont la présence a souligné les dimensions régionales et internationales du travail mené par le CNJC. Huzyfa Alhassan, Secrétaire Général du Conseil de la Jeunesse Afro-Arabe (AAYC), a prononcé une allocution qui a situé la conférence de Yaoundé dans le cadre d'un effort continental plus large visant à consolider les réseaux de jeunes leaders et à faire progresser la gouvernance démocratique à travers l'Afrique et le monde arabe. Il a salué l'engagement conjoint du gouvernement et de la société civile au Cameroun comme un exemple digne d'attention et a invité les jeunes présents à porter ce qu'ils avaient appris à Yaoundé dans leurs communautés, leurs organisations et leurs espaces numériques. Son message était constant : la technologie est un outil, et sa valeur dépend entièrement de la manière dont ceux qui l'utilisent le font, avec discernement, responsabilité et un engagement sincère en faveur du dialogue.
La ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, a pris la parole depuis la perspective de son portefeuille, mais ses propos ont largement dépassé la question des infrastructures. Elle s'est longuement exprimée sur la cybersécurité en tant qu'enjeu démocratique, soulignant qu'un jeune qui craint d'exprimer une opinion en ligne par crainte du harcèlement ou de la surveillance n'est pas un citoyen pleinement participant, qu'il ait ou non accès à internet. Elle a abordé l'éducation électorale, appelant à des investissements plus sérieux dans des programmes qui aident les jeunes Camerounais à comprendre le fonctionnement des élections, l'importance de leur vote et les moyens de reconnaître et de résister à la manipulation. Elle a plaidé pour une attention plus soutenue à l'inclusion numérique, affirmant que le fossé entre les jeunes urbains connectés et les jeunes ruraux déconnectés n'est pas seulement un problème technologique, mais un déficit démocratique que le pays ne peut pas se permettre d'ignorer. Sur toutes ces questions, son message à l'assistance était sans ambiguïté : les jeunes ne doivent pas simplement être les sujets de la politique numérique. Ils doivent en être les co-auteurs.
Une salle qui avait des choses à dire
La session de questions-réponses s'est révélée l'un des échanges les plus substantiels de toute la journée. Dès l'ouverture du débat, il est apparu clairement que les délégués présents n'étaient pas venus simplement écouter. Des jeunes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont posé des questions directes sur les suites qui seraient données au document de plaidoyer et sur les mécanismes qui permettraient de suivre les recommandations une fois remises aux autorités. Des représentants de la société civile ont exprimé des préoccupations sur le rythme des réformes juridiques en matière de droits numériques et ont demandé quels mécanismes existaient pour demander des comptes aux institutions. Des parlementaires jeunes ont interrogé les intervenants sur des engagements politiques précis. Des partenaires internationaux ont été questionnés sur la manière dont ils entendent maintenir leur engagement au-delà du cycle de vie des projets individuels.
Les échanges ont été francs, et cette franchise a été l'une des choses les plus précieuses que la journée ait produites. Elle a démontré que les jeunes Camerounais ont développé une culture politique qui mérite d'être prise au sérieux, et que les institutions du pays doivent créer des espaces plus réguliers et structurés pour ce type d'échanges directs si elles sont sérieuses dans leur volonté d'accroître la participation civique des jeunes.
La cérémonie de clôture et la parole du gouvernement
Le ministre de la Jeunesse et de l'Éducation Civique, Mounouna Foutsou, a présidé la cérémonie de clôture et a prononcé une allocution qui a donné à la journée sa conclusion institutionnelle. Il a commencé par rendre hommage aux équipes qui avaient conduit les dialogues régionaux, soulignant explicitement que travailler dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest dans les conditions actuelles n'est pas un acte neutre. Cela exige un dévouement et une volonté d'aller là où le travail est le plus nécessaire, quelles que soient les difficultés. Il a remercié UYO pour leur partenariat constant avec le CNJC et a exprimé une reconnaissance particulière au Partenariat Européen pour la Démocratie et à son Initiative pour la Démocratie Numérique pour avoir soutenu un projet qui, selon ses propres mots, rejoint les jeunes Camerounais là où ils se trouvent réellement.
Il s'est ensuite adressé aux délégués qui avaient voyagé de tout le pays pour participer. Il les a accueillis région par région, a reconnu les distances que certains avaient parcourues et a clairement indiqué que leur présence n'était pas une courtoisie envers les organisateurs, mais une contribution au travail lui-même. Une conférence nationale sur la participation démocratique des jeunes qui n'a pas de jeunes de toutes les régions du pays dans la salle ne fait pas ce qu'elle prétend faire. Le 6 avril, c'était le cas.
Le ministre a conclu en réaffirmant l'engagement du gouvernement à accompagner les initiatives qui donnent aux jeunes Camerounais une véritable place dans la vie démocratique. Il a reçu le document de plaidoyer avec une formalité qui en reconnaissait le sérieux et a exprimé sa confiance que les recommandations qu'il contient trouveraient leur chemin dans les conversations politiques qui comptent. Cette confiance sera mise à l'épreuve par ce qui suit.
Ce que la journée a laissé derrière elle
Le document de plaidoyer est désormais entre les mains du gouvernement. La Cohorte 6 du WYLEF a été officiellement lancée et ses membres ont entamé un processus qui les portera à travers des mois de formation et d'engagement pratique. Les dialogues régionaux qui ont alimenté cette conférence ont produit un corpus de témoignages et d'analyses qui représente l'une des documentations publiques les plus honnêtes de l'expérience démocratique des jeunes au Cameroun ces dernières années.
Les recommandations couvrent trois grands domaines. Le premier est le cadre juridique des droits numériques : la législation existante du Cameroun n'a pas suivi le rythme des réalités de la vie civique en ligne, et les jeunes ont besoin de protections juridiques qui correspondent aux espaces où ils s'organisent, s'expriment et participent désormais. Le deuxième est l'accès équitable à internet : les recommandations appellent à des mesures concrètes pour réduire le fossé de connectivité entre les centres urbains et les zones rurales ou touchées par des crises, reconnaissant que les droits numériques n'ont aucun sens sans accès physique aux infrastructures numériques. Le troisième est l'éducation civique numérique : le document de plaidoyer appelle à ce qu'elle soit traitée non pas comme un supplément facultatif, mais comme une composante essentielle de la formation des jeunes, intégrée dans les programmes scolaires et les dispositifs d'apprentissage non formels.
Aucune de ces recommandations n'est nouvelle dans l'abstrait. Ce qui est différent, c'est le processus qui les a produites et la coalition qui les soutient désormais. Le CNJC, ses organisations partenaires, les communautés régionales qui ont participé aux dialogues, les membres du gouvernement qui étaient assis dans cette salle et les partenaires internationaux qui ont engagé des ressources dans ce travail ont collectivement créé quelque chose qui a plus de poids qu'un document de politique rédigé dans un bureau. La question qui se pose maintenant est de savoir si ce poids se traduira en changement.
Ce qui est clair après le 6 avril 2026, c'est que les jeunes Camerounais ne sont pas un public passif pour les décisions prises sur leur avenir. Ils se sont mobilisés, ils ont pris la parole et ils ont remis un document à ceux qui ont le pouvoir d'agir. Le prochain mouvement appartient aux institutions.
La Conférence Nationale sur les droits numériques et la participation démocratique des jeunes au Cameroun, couplée au lancement de WYLEF pour la démocratie, a été organisée par le CNJC en collaboration avec UYO, Civic Watch, HUPED et ARDHU, avec l'appui de l'Initiative pour la Démocratie Numérique du Partenariat Européen pour la Démocratie, sous la coordination du Ministère de la Jeunesse et de l'Éducation Civique. L'événement s'est tenu le 6 avril 2026 au Musée National de Yaoundé, Cameroun.
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